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Doc. Labo. Géol. Fac. Sci. Lyon, n° 15

 

M. MOULLADE (1966) - Étude stratigraphique et micropaléontologique
du Crétacé inférieur de la "Fosse vocontienne"
2 fasc., 369 p., 27 texte-fig., 17 pl. h. t.


Introduction

1 - Délimitation stratigraphique et géographique du sujet de l'étude. Rappel historique sommaire.

Les limites et le contenu du présent travail, l'idée-force qui a dominé sa réalisation, étaient en quelque sorte déjà étroitement fixés dans le vœu que je formulais dès 1961 en guise de conclusion à ma thèse de 3ème cycle, sans me douter alors qu'en fait je traçais le plan de mes futures recherches.

"Nous souhaitons que cet essai puisse servir de base à des analyses micropaléontologiques plus poussées, étendues à l'ensemble de la fosse vocontienne, et consacrées en particulier aux sédiments qui renferment de riches gisements d'Ammonites, dans le but d'intégrer intimement les données fournies par l'étude des Foraminifères..., au cadre des zones paléontologiques classiques."

Pour cette extension, il a cependant paru nécessaire, étant donné l'ampleur du sujet, de répartir la tâche entre plusieurs chercheurs, par un découpage de la colonne stratigraphique primitivement envisagée.

C'est ainsi que dès 1962, B. PORTHAULT a pris le relais en ce qui concerne le Cénomanien, le Turonien et le Sénonien inférieur. De même vers le bas il a fallu amputer le Crétacé inférieur de ses termes initiaux. En effet mon confrère LE HÉGARAT consacre depuis plusieurs années ses recherches aux terrains berriasiens du Sud-Est de la France, et pour ne pas risquer de concurrencer ses travaux j'ai pris le parti de ne pas exposer ici les résultats de mes investigations, d'ailleurs bien décevants au point de vue micropaléontologique, concernant le Berriasien. S'il est en effet possible en ces niveaux de travailler assez finement à l'aide des données que fournissent les Ammonites, les associations de Foraminifères permettent tout juste de distinguer le Berriasien du Valanginien. Les microfaunes récoltées, le plus souvent réduites au maigre résidu d'un héritage jurassique, ne sont pas significatives : ainsi dans les régions vocontiennes, on ne peut vraiment effectuer de zonation valable qu'à partir du Valanginien supérieur.

Des directives précises ont conditionné la délimitation géographique de mon secteur d'étude. Il m'était en effet nécessaire de pouvoir lever des coupes en des séries continues, fossilifères, à sédimentation marneuse prédominante, en évitant autant que possible les variations de faciès trop marquées, toutes conditions requises par les études de micropaléontologie stratigraphique et que semblaient remplir les secteurs centraux de la fosse vocontienne. Mes recherches ont ainsi plus particulièrement porté sur une région limitée au Nord par les vallées de la Drôme et de la Chauranne, à l'Est par la vallée du Buech, au Sud par les vallées du Jabron et du Toulourenc et à l'Ouest approximativement selon un méridien passant par Crest et Dieulefit. Cette région, relevant des chaînes subalpines méridionales, s'étend sur une partie de chacun des trois départements de la Drôme, des Hautes-Alpes et des Basses-Alpes.

J'ai également utilisé des données complémentaires, souvent encore fragmentaires à l'heure actuelle, recueillies à l'occasion de recherches effectuées en équipe (avec la collaboration de R. BUSNARDO, S. GUILLAUME, J. SIGAL, J.-P. THIEULOY et G. THOMEL) sous 1'égide du Comité français de Stratigraphie, sur le Crétacé inférieur de la région de Barrême.

La dispersion géographique ainsi réalisée m'a paru suffisamment importante pour qu'il soit permis d'accorder une valeur plus générale à la synthèse des résultats, obtenus au départ coupe par coupe, tout en restant dans le cadre de faciès relativement homogènes et d'une histoire sédimentaire offrant un minimum de perturbations.

Les recherches bibliographiques préliminaires auxquelles je me livrais en amorçant mon étude me révélèrent que l'essentiel des connaissances en matière stratigraphique sur les terrains du Crétacé inférieur vocontien était acquis depuis longtemps déjà. Dès la fin du dix-neuvième siècle ou le début du vingtième, les travaux fondamentaux, accompagnés souvent de nombreuses notes de détail, d'E. FALLOT, W. KILIAN, V. PAQUIER, Ch. JACOB, pour ne citer que les principaux, avaient abouti à la réalisation d'une synthèse fort satisfaisante. Sa valeur propre, renforcée sans doute par le dogmatisme dont certains de ses auteurs firent preuve pour l'énoncer, semble avoir paralysé ensuite à jamais toute grande entreprise de révision ou de mise à jour.

Les recherches systématiques n'ont en fait repris que durant la dernière décade, par le biais d'études de concessions effectuées par des sociétés de recherches pétrolières (C.O.P.E.F.A., S.N.P.A.,...), ou de nombreuses petites monographies, réalisées dans le cadre de Diplômes d'Études Supérieures par les élèves de l'École Nationale Supérieure du Pétrole sous la direction de J. FLANDRIN ; découvertes et résultats sont restés, pour la plupart, secrets ou inédits.

Par contre, au point de vue micropaléontologique et microstratigraphique, les toutes premières recherches dans cette région ne démarrèrent qu'assez récemment; inaugurées en quelque sorte par une brève note de S. FRANÇOIS et J. SIGAL (1958), elles prirent corps avec l'étude que je consacrai en 1961 au secteur inscrit dans les limites de la feuille à 1/20 000 Nyons n° 3 (Doctorat de 3ème cycle), dont les principaux résultats furent intégrés à une note publiée en 1962 avec la collaboration de J. FLANDRIN et B. PORTHAULT.

En 1963 le Colloque de Stratigraphie sur le Crétacé inférieur en France voit l'apport de quelques contributions intéressant les régions vocontiennes ou assimilées, la plus importante étant représentée par la mise au point de R. BUSNARDO, avec la collaboration de S. GUILLAUME et de J. SIGAL pour l'étude des Foraminifères, sur le Barrémien stratotypique.

 

2 - La fosse vocontienne, région privilégiée pour les recherches de biostratigraphie micropaléontologique

Donc, autrefois région-clé pour les recherches biostratigraphiques classiques, la fosse vocontienne fut ensuite presque complètement délaissée à ce point de vue et, paradoxalement, elle ne fut même pas dès l'abord concernée par l'impulsion que finirent par connaître en France les études micropaléontologiques.

L'opinion semble en effet avoir prévalu que dans les régions où la stratigraphie était déjà bien établie grâce aux Ammonites, il n'était vraiment pas nécessaire de faire appel aux Foraminifères. Ces derniers ne furent ainsi primitivement recherchés et étudiés de manière systématique qu'en l'absence de macrofaunes, d'où la faveur et l'essor de la Micropaléontologie dans la recherche pétrolière en général, ou pour débrouiller la stratigraphie et la tectonique de pays comme la Suisse, par exemple.

Un tel postulat comportait cependant de graves dangers. On utilisa ainsi directement les Foraminifères, sans le contrôle d'un étalonnage préalable au moyen d'organismes à la valeur chronostratigraphique déjà reconnue, et, qui plus est, généralement en des faciès épicontinentaux et néritiques (ex. : Aquitaine), habitat préférentiel ou exclusif de formes spécialisées à la signification stratigraphique imprécise et variable.

Au contraire, la démarche logique aurait été d'abord de sélectionner et d'étalonner les Foraminifères dans les régions où les séries étaient déjà bien connues et les faciès favorables, pour appliquer ensuite les données positives ainsi obtenues aux régions plus défavorisées.

Dans cette optique la fosse vocontienne constituait un terrain d'exercice fort approprié. Le cadre stratigraphique local depuis longtemps déjà parfaitement défini et la richesse relative en Ammonites autorisaient un contrôle permanent. Les conditions générales d'affleurement, l'existence de vastes secteurs peu affectés par les complications tectoniques, garantissaient la possibilité d'effectuer aisément des prélèvements en des séries présentant un minimum de discontinuités et de bouleversements. Enfin, lors de mes précédentes recherches, j'avais pu juger favorablement de la fréquence de répartition des microfaunes et des possibilités qu'offraient déjà un certain nombre de leurs éléments pour le but poursuivi.

 

Sommaire

Introduction

Première partie - Paléontologie systématique
1 - Techniques d'étude
2 - Paléontologie stratigraphique ou paléontologie spéculative ?
3 - Étude systématique

Deuxième partie - Inventaire stratigraphique. Établissement d'une biozonation parallélisée des ammonites et des foraminifères
Techniques d'étude
Chapitre I - Le Valanginien. Le problème de la limite du Valanginien et de l'Hauterivien
Chapitre II - L'Hauterivien : ses subdivisions et sa limite supérieure
Chapitre III - Le Barrémien et l'Aptien inférieur
Chapitre IV - L'Aptien supérieur
Chapitre V - L'Albien. Le problème du Vraconien

Troisième partie - Exemples d'application des méthodes de chronostratigraphie fine à l'analyse de quelques variations de faciès du Crétacé inférieur vocontien
Chapitre I - Les intercalations de "calcaires à débris" dans le Barrémo-Bédoulien de la fosse vocontienne
Chapitre II - Répartition stratigraphie et distribution géographique des niveaux de grès, dits "sus-aptiens", interstratifiés dans les formations marneuses de l'Aptien supérieur et de l'Albien vocontiens

Quatrième partie - Conclusions générales

Bibliographie générale
Bibliographie micropaléontologique
Index alphabétique des espèces décrites
Figures - Textes