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Doc. Lab. Géol. Lyon, n° 107

 

F. CECCA, R. ENAY, G. LE HÉGARAT (1989) - L'Ardescien
(Tithonique supérieur) de la région stratotypique : séries de référence
et faunes (ammonites, calpionelles) de la bordure ardéchoise
115 p., 25 fig., 11 tabl., 6 pl.


R
ésumé

Depuis la création de l'Ardescien par Toucas en 1890, les séries de références de la bordure ardéchoise et leurs faunes n'avaient pas fait l'objet d'une étude complète détaillée alors qu'il réapparaît dans la littérature géologique avec des acceptions variées. En effet, avec le Danubien il apparaît comme un des éléments d'une solution possible aux difficultés concernant la nomenclature et les divisions du Jurassique terminal. La révision présentée a été réalisée à partir de toutes les coupes et affleurements possibles de la bordure ardéchoise, du Pouzin à Berrias, et pas seulement des séries de référence de la région du Pouzin.

La formation des Calcaires blancs qui a servi à la définition de 1'Ardescien est moins homogène que le pensait Toucas, en particulier par la fréquence et la répartition des niveaux bréchiques. Elle est également diachrone et, dans l'ensemble, plus récente du NE vers le SW, plus nettement pour sa limite inférieure. Le seuil de l'Escrinet, souligné par les épanchements basaltiques tertiaires des Coirons, sépare deux secteurs distincts par l'extension stratigraphique, les faciès et l'épaisseur de la formation. Ces variations sont liées à des situations paléogéographiques différentes, en partie masquées par le jeu des accidents tertiaires responsables de la disposition actuelle des affleurements, obliques sur les lignes isopiques et les structures mésozoïques dont le jeu synsédimentaire jurassique a guidé la répartition des faciès. L'étude des Calcaires blancs sur toute la bordure ardéchoise justifie a posteriori le choix des coupes de référence du secteur Le Pouzin-Broyon où la formation a son extension la plus grande et montre une constance remarquable de ses caractères lithologiques et des limites lithostratigraphiques. Dans ce secteur, le faciès des Calcaires blancs repose sur la brèche de base (ou Grande brèche de Toucas) tandis que sa limite supérieure correspond à une surface de discontinuité avec ravinement comblée par la Brèche de Chomérac.

L'étude paléontologique et biostratigraphique a été réalisée pour les ammonites et les calpionelles. Les ammonites sont rarement abondantes et distribuées de façon discontinue ou dans des affleurements et gisements isolés. Les extensions verticales réelles des espèces reconnues ne peuvent donc être déterminées avec précision et il n'a pas été possible de réaliser une véritable zonation des ammonites parallèle à celle basée sur les calpionelles. La succession des calpionelles est plus complète malgré les perturbations dues aux niveaux bréchiques resédimentés. Elles ont servi également aux corrélations entre les coupes et à préciser la situation des gisements à ammonites isolés. Ainsi, les limites des Calcaires blancs (et de l'Ardescien selon Toucas) ont pu être précisées pour la première fois dans les sections de référence du Pouzin et de Broyon : selon que la brèche de base est incluse ou non dans la formation, celle-ci débute au cours de la zone à Fallauxi (sous-zone à Richteri) ou avec la zone à Microcanthum des ammonites, au cours de la zone à Chitinoidella des calpionelles, celles-ci paraissant bien indiquer au toit de la brèche une lacune de la partie supérieure de la zone à Fallauxi et de la zone à Ponti ; elle se termine dans la zone à Euxinus, sous-zone à Jacobi et la zone B des calpionelles, auxquelles appartient encore la Brèche de Chomérac qui ne fait pas partie de la formation, ni de l'Ardescien selon Toucas (et rejetée aussi du Berriasien par Le Hégarat).

Les conclusions et propositions envisagent d'émender la définition originale de Toucas et la référence aux Calcaires blancs au profit de la conception hiérarchique permettant l'insertion cohérente de l'Ardescien dans l'échelle chronostratigraphique du Jurassique supérieur, entre le Danubien (ou Tithonique inférieur) et le Berriasien. L'Ardescien (ou Tithonique supérieur) s'étend de la zone à Microcanthum à la base de la zone à Euxinus et comprend les zones d'ammonites à Microcanthum et à Durangites, la partie supérieure de la zone à Chitinoidella (sous-zone à Boneti) et la zone A des Calpionelles.

 

Abstract

Since the Ardescian Stage was established by Toucas in 1890, the reference sections of the ardescian border and the corresponding faunas have not been studied accurately. Nevertheless the name is used again in recent geological litterature with quite different meanings. Indeed it seems to be, with the Danubian, a possible solution to the difficulties concerning the stages and their names to be used for the Uppermost Jurassic. The present revision is based on all avalaible sections and outcrops along the ardescian border, between Le Pouzin and Berrias, and not only the reference sections in Le Pouzin area.

The Calcaires blancs Formation, which served to define the Ardescian, is not as homogeneous as Toucas believed, especially by the frequency and the distribution of breccias. Moreover it is diachronous and, as a whole, younger in the SW than in the NE, especially what concerns its lower boundary. The Escrinet Shoal, which to day corresponds with the tertiary basaltic trapps of the Coirons Plateau, divides two areas with different stratigraphic extension, facies and thickness of the formation. These changes are connected with paleogeographical differences, partly concealed by tertiary faulting responsible for the present outcropping, but oblique to mesozoic isopic trends and structures whose jurassic synsedimentary movements governed facies distribution. The complete study of the Calcaires blancs on the whole ardescian border justifies a posteriori the choice of the reference sections in Le Pouzin-Broyon area where the formation presents its largest stratigraphic extension and a noticeable constancy for facies characteristics and lithostratigraphic boundaries. In this area, the Calcaires blancs facies lies upon a basai breccia (the Great Breccia in Toucas whereas the upper boundary is represented by a non-deposition and erosional surface covered by the "Brèche de Chomérac").

The paleontological and biostratigraphical study has been realized for ammonites and calpionellids. The ammonites are scarce with a discontinuous distribution or from isolated outcrops and localities. So, the actual vertical extension of species cannot be known precisely and it was no possible to establish a complete zonation of the ammonites parallel to the calpionellid scheme of zones. The calpionellids succession is more complete in spite of the disturbances due to resedimented breccias. They have been used also to correlate the sections and to decide on the stratigraphic position of isolated outcrops or localities with ammonites. So the boundaries of the Calcaires blancs (an of the Ardescian according to Toucas) in the reference sections have been dated for the first time. If the basal breccia is included the formation begins during the Fallauxi Zone (Richteni Subzone) if not with the Microcanthum Zone for the ammonites, during the Chitinoidella Zone for the calpionellids which seem to prove a gap of the upper part of the Fallauxi Zone and the whole Ponti Zone just above the basal breccia, the formation ends during the Euxinus ammonite Zone, Jacobi Subzone, and the B Zone of calpionellids, to which belongs also the Breccia of Chomérac which is not included originally neither in the Calcaires blancs Formation, non in the Ardescian according to Toucas (and it is also excluded from the Berriasien by Le Hégarat !).

Conclusions and proposals intend an emendation of the original definition given by Toucas and also the reference to the Calcaires blancs Formation to the advantage of the hierarchical notion which allows coherent placement of the Ardescian in the chronostratigraphical scale for the Upper Jurassic ; the Ardescian whould thus fit into the hierarchical chronostratigraphic system of the Late Jurassic, between the Danubian (or Lower Tithonian) and the Berriasian. The Ardescian (or Upper Tithonian) extends from the Microcanthum Zone to the base of the Euxinus Zone and contains Microcanthum and Durangites ammonite Zones, and the upper part of the Chitinoidella Zone (Boneti Subzone) and the A zone of the calpionellid zonal scheme.

 

Sommaire

I - L'Ardescien dans son cadre historique et ardéchois
1 - L'Ardescien depuis ses origines
2 - Cadre biochronologique de référence
3 - Le cadre ardéchois de l'Ardescien

II - Les calcaires blancs "Ardesciens"
1 - Généralités
2 - Le secteur du Pouzin
3 - Le secteur de Chomérac
4 - La formation des Calcaires blancs

III - Les ammonites de l'Ardescien-type
1 - La succession des faunes ammonitiques
2 - Les faunes d'ammonites
3 - Conclusions : les zones d'ammonites des Calcaires blancs

IV - Répartition des calpionellides dans les couches de l'Ardescien
1 - Zonation adoptée
2 - Les coupes et leur faune
3 - La zone à Chitinoidella
4 - Zone A
5 - Zone B
Conclusions

V - Conclusions et propositions
1 - Définition historique ou hiérarchique de l'Ardescien
2 - Limite inférieure de l'Ardescien
3 - Limite supérieure de l'Ardescien
4 - Statut de l'Ardescien
5 - Propositions

Références bibliographiques
Liste des figurations
Planches